Portrait

Alexandre Traube,
la jubilation d’une musique intérieure

« Revenir à la source du chant et retrouver son inspiration spirituelle ; faire dialoguer différentes cultures ; créer des liens entre l’Orient et l’Occident, entre un passé enraciné et un acte créateur contemporain. »

Si son instrument premier est le clavier, Alexandre Traube emprunte la voix des autres, chorale, pour explorer la musique ancienne et créer la sienne. Avec ses ensembles In illo tempore et Flores harmonici pour interprètes, le chef de chœur et compositeur neuchâtelois tisse un lien fort entre un passé enraciné dans une culture populaire et un acte créateur contemporain, cherchant au cœur de ce dialogue la synergie parfaite entre lieu, musique et public.


Alexandre Traube s’est formé au chant, aux mathématiques, à la philosophie et à la théologie. Depuis la découverte du chant grégorien et de la musique médiévale, il a réajusté son abord de la musique à l’aune de la dimension intérieure et sacrée qu’elle ouvrait. C’est par la voix du groupe qu’il s’exprime, celle du chœur – question de communion, de partage d’énergie –, pour servir des musiques puisant profond dans un terreau populaire, ouvrant large sur un espace spirituel.

SUR LE CHEMIN DE MARCEL PÉRÈS ET DE FRANCIS BIGGI

Au fil de son cheminement, le jeune Neuchâtelois croise des maîtres inspirants, dont le travail reste une référence où sans cesse se ressourcer : Marcel Pérès est le premier à l’encourager et à l’aider à interroger les musiques du passé sous de nombreux angles d’approche. Le chef et compositeur piste parallèlement les chants corses et byzantins, puis arabes et slaves, grâce auxquels il gagne en compréhension sur l’essence de la musique ancienne – et de la musique tout court. Les répertoires traditionnels lui proposent de nouveaux outils interprétatifs et compositionnels. « Les chants orientaux sont complètement enracinés, explique Alexandre Traube. C’est le parfait équilibre entre l’intellect et le corps. »


Son autre étincelle est Francis Biggi, en qui il admire particulièrement l’homme de terrain et l’humaniste, et sous la direction duquel il prépare son master de musique médiévale. Un compagnonnage étroit s’est noué entre les deux hommes depuis leur rencontre à la Haute École de musique de Genève, où Alexandre Traube s’est formé précédemment à la musique ancienne avec Jean-Yves Haymoz et Luca Ricossa et à la direction chorale avec Michel Corboz. Les premiers lui ont appris à interroger inlassablement les sources tandis que le grand chef lui a servi de modèle pour la joie et la présence totales qu’il communique en concert.

COMPOSER SUR MESURE POUR DES MUSICIENS UNIQUES

Alexandre Traube inscrit aujourd’hui naturellement dans la composition, qu’il continue à étudier avec Valentin Villard, ces acquis non seulement techniques et intellectuels mais aussi humains et spirituels. Cela lui permet d’aller plus loin avec les deux formations qu’il a fondées et qu’il dirige : le chœur In illo tempore et l’ensemble vocal de solistes Flores harmonici, réunis sous l’entité Tempore. Son écriture est parfois inspirée directement par les couleurs vocales et instrumentales uniques de ses solistes.


« Je pense que je suis souvent en quête d’une musique qui serait une forme de jubilation, explique le compositeur. Il me semble que c’est le cas des musiques populaires ou traditionnelles, et de certaines musiques liturgiques. Dans mes grandes pièces alterne une énergie intérieure et méditative, voire nostalgique, qui renforce l’aspect jubilatoire d’autres passages. C’est la conjonction de ces deux mondes qui me touche tant dans la musique médiévale ou dans certaines partitions de Bartók, Stravinsky, Vaughan Williams, Britten ou Chostakovitch. »

DIALOGUE ENTRE ORIENT ET OCCIDENT

Avec une liberté de plus en plus grande, Alexandre Traube insuffle ce formidable élan qui l’anime à de grandes fresques chorales comme l’oratorio Christus Rex, pour solistes, chœur, orchestre et vitrail animé (2015). « Je sais que certaines choses me traversent, plus grandes que moi. Je souhaite pouvoir les canaliser, les partager. »


Il aime faire dialoguer musiques européennes et extra-européennes – notamment grâce à un troisième groupe, Les Atomes dansants, créé en 2016 avec Francis Biggi et la vidéaste Silvia Fabiani. Il en résulte des œuvres métissées comme Rose incandescente, associant Dante et les mystiques soufis, ou, prochainement, de Subatomic Desire, dialogue entre les arts et les équations du CERN. La tournée, la même année, du Retour de saint Guillaume de Neuchâtel lui a ouvert une nouvelle porte : celle de la Chartreuse de la Lance, haut lieu du patrimoine suisse, où Alexandre Traube a été invité, cet été 2018, à initier et diriger un festival qui rencontre déjà un beau succès.

…ENTRE MOYEN AGE ET MUSIQUES ACTUELLES

Toujours dans une volonté de dialogue et de rencontre entre artistes et publics différents, il crée des événements qui réunissent son univers et les musiques plus actuelles, comme le spectacle de rue Rodolphe de Neuchâtel, troubadour et rappeur, représenté dix fois devant un public aussi nombreux que bigarré, en collaboration avec le rappeur et comédien David Charles. Avec celui-ci et John Howe, le célèbre illustrateur du Seigneur des Anneaux, il travaille à présent à son œuvre maîtresse, une vaste comédie musicale sur le même personnage de Rodolphe (musique et livret), où s’expriment toutes ses passions : récit, Moyen Âge, dialogues, spectacle, musique de scène et de film, grandes questions actuelles et de toujours.

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